Histoires de quartier
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Histoire des quartiers Clignancourt
Si l'histoire de notre quartier remonte au Moyen âge, l'essentiel de son développement date de la fin du XIXe siècle. Le tracé de ses rues et sa morphologie urbaine résultent d'une succession d'initiatives publiques et privées, qui lui donnent son caractère actuel.
Un quartier longtemps rural
Le quartier Clignancourt se situe entre les anciens villages de La Chapelle, à l'Est, et de Montmartre, à l'Ouest, qui étaient séparés par la rue des Poissonniers. Le village de La Chapelle s'est constitué sur un site naturel de col entre les collines de Montmartre (129 m d'altitude) et de Belleville (128 m). Cette modeste agglomération était située sur l'une des principales routes desservant Paris et conduisant, au nord, vers l'abbaye royale de Saint-Denis. Jusqu'à la Révolution, il faisait partie de la seigneurie de Saint-Denis, elle-même propriété de l'abbaye de Saint-Denis. Le village de La Chapelle s'appelait d'ailleurs La Chapelle-Saint-Denis. Le village de Montmartre s'est implanté sur une colline naturelle qui présentait une situation protectrice et dominait une zone basse assez marécageuse car traversée par un bras de la Seine. Le site aurait été occupé dès l'époque gallo-romaine puisque l'étymologie de Montmartre proviendrait soit de « mont de Mercure » soit de « mont de Mars ». Certains font dériver ce nom de « mont des Martyrs » en raison d'une légende qui veut que, au IIIe siècle après JC, Saint-Denis et ses compagnons Rustique et Eleuthère aient été suppliciés sur la butte.
Montmartre et Clignancourt vers 1760 (Archives nationales)
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, Montmartre était un gros bourg entouré de vignes sur ses versants et de cultures d'arbres fruitiers et de céréales à sa base. Le parcellaire actuel est largement hérité de cette activité agricole. Les rues de Montmartre étaient des chemins ruraux qui rejoignaient les champs. De multiples sources jaillissaient des flancs de la colline. Les versants de la butte étaient creusés de nombreuses carrières destinées à l'exploitation du gypse, dont on faisait le plâtre largement utilisé pour la construction de Paris. L'histoire de Montmartre se confond jusqu'à la Révolution avec celle d'une très importante abbaye de religieuses relevant de l'ordre de Saint-Benoît. A la Révolution, l'abbaye fut détruite et la commune de Montmartre fut créée en 1790. Celle-ci correspond aux actuels quartiers Grandes Carrières et Clignancourt. Au bas du versant nord de Montmartre était situé le hameau de Clignancourt. L'étymologie de Clignancourt est ancienne, puisqu'elle remonterait à l'époque gallo-romaine : elle dériverait du nom d'un propriétaire appelé Clénius (« Clénius-Curtis » : le domaine de Clénius). C'était une petite agglomération établie au croisement de deux chemins, le chemin des Bœufs (actuelle rue Marcadet) et le chemin de la procession Saint-Denis (actuelle rue du Mont-Cenis). Le hameau de Clignancourt était situé sur la voie descendant de Montmartre et conduisant à l'abbaye de Saint-Denis, le long de laquelle se déroulait, tous les sept ans, une importante procession. Depuis le Moyen âge, le hameau de Clignancourt constituait une seigneurie qui dépendait de l'abbaye de Saint-Denis. La seigneurie de Clignancourt fur vendue à un particulier au XVIe, siècle puis à l'abbaye de Montmartre au XVIIe siècle. La maison seigneuriale, située au niveau du 101 rue Marcadet, a subsisté jusqu'au XIXe siècle. Le hameau de Clignancourt était relié, vers l'ouest, au village de La Chapelle par deux chemins transversaux, le chemin de La Chardonnière (dont le tracé correspond sensiblement à l'actuelle rue du Simplon) et le chemin de la Croix-Moreau (actuelle rue des Portes Blanches). Il était limité, à l'Ouest, par le chemin des Poissonniers (actuelle rue des Poissonniers). Mentionné dès 1307, celui-ci servait à l'approvisionnement de Paris en poissons pêchés en Mer du Nord. Le hameau de Clignancourt fut rattaché à la commune de Montmartre à la Révolution. En 1784, afin de mieux contrôler les accès de Paris en vue d'améliorer le prélèvement de taxes fiscales sur les marchandises, est décidée la construction du mur des Fermiers Généraux. Correspondant aux actuels boulevards de Rochechouart et de La Chapelle, celui-ci a coupé le village de Montmartre en deux : le bas Montmartre (une partie du IXe arrondissement actuel) a été rattaché à Paris et le haut Montmartre a été rattaché en 1790 à la commune de Montmartre, ainsi délimitée, au Sud, par le mur des Fermiers Généraux et, à l'Est, par la rue des Poissonniers. La première mairie de Montmartre fut implantée à l'emplacement de l'actuelle place du Tertre. Jusqu'au XIXe siècle, les secteurs Nord-Emile-Chaîne/Roi-d'Alger correspondaient à des terrains de culture situés à l'extérieur des limites de Paris.
Un quartier bouleversé par la révolution industrielle du XIXe siècle
La première moitié du XIXe siècle est une période d'intense mutation économique et urbaine pour les villages ruraux. A partir de 1820, le paysage du Nord de Paris, et notamment de la Plaine Saint-Denis, change rapidement sous l'effet de l'industrialisation. Deux facteurs expliquent largement l'évolution du secteur : - à partir de 1841 a été construite l'enceinte fortifiée de Thiers, correspondant à l'emplacement des actuels boulevards des Maréchaux. Cette ligne fortifiée place les communes situées entre elle-même et l'ancien mur des Fermiers Généraux dans l'orbite directe de Paris, entraînant leur évolution rapide ; - en 1846, l'ouverture de la Gare du Nord et l'installation de nombreux dépôts et ateliers qui lui sont liés modifient considérablement le paysage ; les lignes de chemin de fer créent une véritable césure entre Clignancourt et la Chapelle, à hauteur du Chemin des Poissonniers. Un accroissement important de population s'effectue à Clignancourt en raison de l'industrialisation du Nord de Paris. Montmartre accueille un flux important d'habitants venus travailler dans la capitale mais trop pauvres pour s'y loger. La population est constituée de cabaretiers, de meuniers, de carriers, d'employés, d'ouvriers, de petits rentiers et d'artistes. L'urbanisation de Montmartre s'étend progressivement vers le Nord, au delà de la rue Marcadet. L'extension urbaine conduit Napoléon III, sur les conseils du préfet Haussmann, à envisager le rattachement à Paris des communes situées entre les limites parisiennes et l'enceinte de Thiers. A compter du 1er janvier 1860, les anciennes communes de banlieue sont annexées à Paris et constituent désormais des arrondissements. Une partie des communes de La Chapelle et de Montmartre sont réunies au sein du XVIIIe arrondissement, formé de quatre quartiers administratifs (Grandes Carrières, Clignancourt, Goutte d'Or et La Chapelle). La partie de la commune de Montmartre située à l'extérieur de l'enceinte de Thiers fut rattachée à la commune de Saint-Ouen. La commune de Montmartre disparaît donc à ce moment. Les grands travaux d'Haussmann achèvent de modifier la quartier Clignancourt : de 1863 à 1869, le boulevard Ornano est percé pour permettre un meilleur accès au centre de Paris. Cette voie représente une barrière physique pour le quartier Clignancourt vers l'Ouest, après celle des voies ferrées à l'Est.
Un quartier dont le paysage actuel date de la fin du XlXème siècle
La volonté de recentrer l'arrondissement explique l'implantation de la nouvelle mairie, entre 1888 et 1892, en bordure de la nouvelle place Jules Joffrin, inaugurée en 1858, et de l'église Notre Dame de Clignancourt, ouverte en 1863. Entre le boulevard Ornano et les voies ferrées du réseau nord, le Nord du quartier Clignancourt continue de s'urbaniser et d'être viabilisé. Un projet vise à prolonger la rue de Clignancourt jusqu'aux limites de Paris sur les terrains non encore occupés par la Compagnie Générale des Omnibus. Mais l'installation de celle-ci sur un vaste quadrilatère de 10 hectares environ, bordé par les voies Championnet, des Poissonniers, Ney et du Mont-Cenis, empêche toute possibilité de prolongation de la rue de Clignancourt vers le nord de Paris. Les travaux de la rue Boinod, du nom d'un intendant militaire, sont engagés, sur la base d'un décret de 1858 fixant son alignement, à partir de la rue des Portes Blanches vers le passage des Poissonniers. L'achèvement de la rue Boinod nécessitera l'expropriation d'une partie du lotissement ouvrier formé autour de la cité Traëger et du chemin des Poissonniers. A la fin du XIXe siècle, la rue Boinod est ouverte en totalité selon un alignement non encore achevé. En 1880-1882, deux décrets fixent les alignements de la rue du Simplon, entre le boulevard Ornano et la rue des Poissonniers. Pour faire face à l'accroissement de la population et dans le cadre de la politique scolaire de la IIIe République, des équipements scolaires sont construits : l'école primaire Gérard Philippe aux n°7-9, rue Championnet, en 1897, puis l'école maternelle aux n°19-21, rue des Amiraux. Certains terrains y sont encore nus et libres (les emprises de la rue Hermann La Chapelle, de la piscine des Amiraux, du square Ornano ...). Entre 1900 et 1914, la rue Emile-Chaîne prend son nom actuel, en référence à un propriétaire, ainsi que la rue du Nord, voisine du chemin de fer de la région Nord. Elles sont bordées de petites maisons construites sur des parcelles exiguës, sans doute issues d'un redécoupage de l'ancien parcellaire rural, que nous retrouvons aujourd'hui. Une chocolaterie est implantée aux abords de la Cité Traëger. Durant la guerre de 1914-1918, l'atelier central de la Compagnie Générale des Omnibus situé rue Championnet est réquisitionné et assure une activité d'usine de guerre. Dans les années vingt, l'îlot des Amiraux se constitue par l'ouverture de la rue des Amiraux dans son tronçon Boinod-Clignancourt, par la construction de l'école maternelle au n°19 de la rue des Amiraux, par la réalisation, entre 1922 et 1926, de la piscine des Amiraux intégrée à un programme de 80 logements sociaux (habitation à bon marché dites « HBM »).
Ce projet a été confié au célèbre architecte Henri Sauvage et sa grande qualité a conduit au classement du bâtiment au titre des Monuments historiques. Au nord, le logement social se développe sur les emprises libérées par la démolition des anciennes fortifications de Thiers et sur l'ancienne « zone ». Les premières constructions d'HBM apparaissent entre 1923 et 1930, en bordure du boulevard Ney, porte de Clignancourt. Durant la seconde guerre mondiale, l'atelier central de la Compagnie Générale des Omnibus, réquisitionné de nouveau comme usine de guerre, est bombardé. Un grand nombre de constructions situées alentour sont détruites.
Désindustrialisation et mutation des années 1950
A partir des années 1950, le quartier Clignancourt Nord subit une mutation importante, liée à la désindustrialisation. De nombreux locaux industriels disparaissent et laissent place à des programmes de logements construits selon les conceptions urbaines et architecturales de l'époque. Ces immeubles viennent en rupture des alignements et marquent fortement le paysage. Ainsi, entre 1954 et 1974, les immeubles industriels et garages des emprises correspondant actuellement à la résidence des Portes Blanches, à l'arrière du square Ornano, le long de la rue des Poissonniers, vont disparaître. De nombreux logements sont alors réalisés : - entre 1954 et 1961 sur les emprises des 4-10, rue Neuve de la Chardonnière, 135-135 bis, rue de Clignancourt, 46, rue du Simplon, 3-5, passage Kracher et 5, rue du Simplon ; - entre 1962 et 1967, sur les emprises des 6-8, rue des Portes Blanches, 15, rue du Nord, 132-134, rue de Clignancourt, 27-29, rue des Amiraux, 7, square d'Ornano et 112, rue de Clignancourt ; - entre 1968 et 1974, sur les emprises des 130, rue de Clignancourt, 14, rue des Amiraux, 7, rue du Simplon, 26-26 ter, rue Ordener, 78-90, rue des Poissonniers et 3-17, allée d'Andrézieux. La réalisation de ces programmes de logements est accompagnée de nouveaux équipements. Un gymnase et des terrains de sport sont aménagés au 8-10-12, rue des Amiraux.
La suite, beaucoup d'entre vous l'ont vécue, la vivent ... ou est encore à inventer.
MAIS PAS SANS VOUS ! Pour d'autres informations, sur l'histoire de la Porte Montmartre et de ses environs : http://histoire-du-quartier.chez.tiscali.fr |
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